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La place de l'hydroponie en milieu urbain

Dans son Droit à la ville (1968) le philosophe et géographe Henri Lefebvre analyse le rapport entre les espaces ruraux et les espaces urbains comme une lutte perpétuelle. Il envisage le passage d’une société agraire et industrielle à une société urbaine, dans laquelle les espaces ruraux n’ont d’utilité que d’être les greniers de la ville.

Pourtant, le développement de l’agriculture urbaine au sein des villes occidentales depuis plusieurs décennies désamorce cette dualité. En effet, il semblerait que nous passions d’un monde où toute la nourriture serait produite dans les campagnes à un monde où chacun serait en capacité de produire une partie de ce qu’il consomme sur son toit.

 

Les fragilités essuyées par l’agriculture conventionnelle, essentiellement économiques, sociales et environnementales, trouvent réponse dans les défis relevés par l’hydroponie en milieu urbain.

Rédigé par Grégoire LE GALL

croissance nouvelle

L’agriculture urbaine a de nombreux avantages. En premier lieu, elle permet d’augmenter l’autosuffisance d’une ville en lui permettant de se procurer une source viable de nourriture. Face aux enjeux liés à l’augmentation massive de la population et à l’urbanisation, la dépendance des populations urbaines aux grands producteurs ruraux, parfois à l’autre bout du monde, se fait de plus en plus tenace ; les rendant ainsi vulnérables.

De plus, ces cultures urbaines sont une des clés pour répondre aux inégalités de distribution. Elles pourraient permettre à chacun d’accéder à une source non négligeable de produits de qualité, répondant à des normes sanitaires strictes et respectueuses de la santé humaine faisant fi des critères géographiques et sociaux.

Enfin, l’agriculture urbaine permet de réduire notre impact sur l’environnement. Produire localement permet de supprimer la demande en énergies fossiles due aux transports de denrées alimentaires. L’agriculture conventionnelle est le plus grand consommateur de surfaces et d’eau, tout en étant source de pollution principale des nappes phréatiques. Elle participe également au changement climatique, en rejetant 15% des gaz à effet de serre dans le monde (Netherlands Environmental Assessment Agency, 2005).

En somme, le concept de sustainable cities permet de faire face à la pression établie sur les paysages ruraux, la dégradation des sols et les ressources en eau. Prenant peu de place et s’établissant sur des bâtiments déjà construits, les cultures urbaines favorisent également la réduction de notre impact sur différents écosystèmes.

L’agriculture urbaine se matérialise essentiellement par l’hydroponie, ayant des effets économiques, écologiques et sociaux manifestes. L’hydroponie est très bien adaptée pour l’application urbaine car elle permet d’épouser la morphologie des bâtiments.

Le potentiel est énorme et permettrait de ménager les ressources en eau (l’hydroponie consommant entre 10 et 20% des besoins de l’agriculture conventionnelle). Selon le Center for Energy, Marine Transportation and Public Policy, en 2006, l’utilisation des toits de New York sous forme de culture hydroponique pourrait permettre de répondre aux besoins de 30 millions d’individus tout en éliminant les besoins énergétiques nécessaires au transport de denrées poussant à des centaines de km de la ville.

Ces fermes hydroponiques existent déjà aujourd’hui, sous forme de potagers partagés gérés par des associations ou de fermes commerciales privées sur les toits de bâtiments. C’est sous cette deuxième forme qu’elles sont le plus développées.

Les fermes urbaines lyonnaises (FUL), société par action simplifiée, soutenue par la métropole GrandLyon, ont été fondées en 2014. Elles garantissent une production végétale, en circuit court, ayant un rendement 10 fois supérieur à l’agriculture conventionnelle tout en utilisant 10 fois moins d’eau ; sans aucun rejet dans l’environnement ni aucun déchet de production.

D’autres entreprises et startups ont vu le jour, à l’image des fermes LUFA de Montréal. L’entreprise a engagé la construction de serres commerciales sur les toits des bâtiments de la ville. Leur dernière en date se situe dans le quartier d’Anjou, de 138 000 pieds carrés (12 820m²) permettant de “nourrir 10 000 familles par semaine, à longueur d’année”.

Un groupe de chercheurs s’est attaché à comparer les productions et les coûts environnementaux de la culture conventionnelle au regard de l’hydroponie urbaine (Daina Romeo, Eldbjørg Blikra Vea, Marianne Thomsen ; “Environmental impacts of urban hydroponics in Europe : a case study in Lyon” ;  Science direct). Le but était de déterminer si l’hydroponie urbaine est capable de répondre aux besoins de la ville ; et si oui, à quel prix environnemental.

L’analyse comparée de production de laitue en hydroponie verticale, en serre chauffée, a mené à des résultats encourageants. L’hydroponie urbaine peut fournir autant de rendements que l’agriculture conventionnelle. Pourtant, elle rejette 2 à 12 fois moins d’émission de gaz à effet de serre tout en se prévenant des cas de stress hydrique. Le point négatif est celui du chauffage des serres, qui peut être compensé par l’origine renouvelable des énergies mobilisées à cet effet.

En somme, les chercheurs concluent que l’hydroponie urbaine est “the best production system in the considered area”. Surtout, l’hydroponie urbaine de Lyon permet de faire pousser des végétaux sans occuper un centimètre carré de terre supplémentaire.

L’hydroponie urbaine fait pourtant face à certaines limites. Les premières sont administratives, dans la mesure où elles doivent être implantées dans des zones appropriées répondant aux normes de régulation du bâtiment et des permis de construire. Surtout, cela inaugure de grands défis techniques, en lien avec l’obtention et l’utilisation d’énergies renouvelables. Cette technique n’est également pas très rentable pour les immeubles résidentiels - l’idéal étant d’implanter des serres sur les toits des centres commerciaux, des hôpitaux ou des supermarchés. Enfin, la démarche est très coûteuse en termes d’investissement, bien que rentable sur le long terme.

Daina Romeo, Eldbjørg Blikra Vea, Marianne Thomsen ; “Environmental impacts of urban hydroponics in Europe : a case study in Lyon” ;  Science direct

 

Viraj Puri and Ted Caplow “Chapter Twelve. How to grow food in the 100% renewable city : building-integrated agriculture” 100% Renewable : Energy autonomy in Action

 

https://blogs.mediapart.fr/e5k1m0/blog/240513/hydroponie-une-solution-envisageable-pour-nourrir-l-humanite-en-2050

 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2015/05/16/a-montreal-des-serres-geantes-sur-les-toits_4634722_3244.html

 

http://www.fermeful.com/

 

https://montreal.lufa.com/fr/about